- 2000 chênes pour faire renaître un bateau -

Difficile en l’an 2000 de trouver les pièces de chêne nécessaires à la construction d’une frégate trois mâts du 18ème siècle.

C’est pourtant cet exploit qu’est en train de réussir depuis 5 ans Joël Berthelot, employé de l’entreprise Asselin à Thouars dans les Deux-Sèvres. Avec ses 80 salariés, cette dernière est spécialisée dans la rénovation de charpentes ou boiseries de monuments historiques comme le château de Versailles.

Cette entreprise fut choisie en 1995 pour réaliser une réplique exacte du vaisseau "L’Hermione" sur le site de la Corderie Royale à Rochefort-sur-Mer, exactement à l’endroit où fut construit l’original. Ce bateau, de 65 mètres de long équipé de 26 canons, fut achevé en moins d’un an il y a plus de deux siècles. Il emmena le célèbre Marquis de La Fayette sur les côtes d’Amérique en 1780. Avec le corps expéditionnaire français, il aida les troupes de Georges Washington à gagner la guerre d’indépendance contre les anglais, ennemis héréditaires du royaume de France.

Le chantier est ouvert au public. Les entrées financent le projet à hauteur de 50 %.
Le chantier est ouvert au public. Les entrées financent le projet à hauteur de 50 %.

Dix ans seront nécessaires aux sept compagnons, dirigés par le chef de chantier Jacques Haie, pour reconstruire le bateau. La première difficulté a été de trouver tous les bois courbes formant les membrures, que l’on pourrait appeler les "côtes" de la coque. Ces pièces de bois étant aujourd’hui introuvables chez les scieurs, Joël Berthelot a dû lui-même aller prospecter en forêt avec les exploitants forestiers motivés par le projet. Il a souvent fallu exploiter trois arbres avant d’obtenir la pièce désirée, car bien des défauts se révélaient après façonnage. Un transporteur a même tronçonné en deux une pièce trouvée avec mille difficultés car elle ne logeait pas dans le chargement !

En 2001 va commencer la seconde phase de la construction de la coque : la mise en place du bordage. Egalement en chêne, cette « peau » recouvrira les membrures et pourra atteindre 16 cm d’épaisseur par endroits. Il ne faut pas oublier que le bordage faisait aussi office de blindage contre les boulets de canon pendant les batailles navales. Contrairement aux bois courbes des membrures, les bois du bordage doivent être de droit fil. La difficulté d’approvisionnement vient de la taille des arbres nécessaires, dont certains doivent fournir 12 mètres de bille avec deux mètres de circonférence au fin bout !

Les bois courbes des membrures ont plutôt été trouvés en forêt privée ou dans les haies. Les bois pour le bordage seront plutôt recherchés dans les forêts domaniales, dont les futaies sont plus anciennes.

Plus de mille mètres cubes de chêne seront nécessaires pour terminer la coque qui approchera les 50 centimètres d’épaisseur au total. Aucun français vivant aujourd’hui n’a participé à la construction d’un bateau en bois d’une telle taille. Les historiens ont donc du aider les charpentiers de marine à redécouvrir bon nombre de techniques abandonnées.

Si le rabot électrique et la cintreuse hydraulique à vapeur ont remplacé les outils d’antan, le respect de la réalité historique reste le souci quotidien de l’Association Hermione La Fayette, porteuse du projet. La responsable, Maryse Vital, doit régulièrement trouver des compromis entre la volonté de conformité au modèle d’origine et les exigences de sécurité actuelles.

Car refaire, comme La Fayette, la traversée de l’Atlantique jusqu’à Boston en 2007 est l’objectif de ce pari audacieux. Grâce à l’aide financière d’un public toujours plus nombreux à visiter le chantier, ce rêve est en passe de devenir réalité.

Auteurs et organisme Date N°  Rubrique
Jean-Marc DEMENE
CRPF
2ème trimestre 2001 34 Economique
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