- Dégâts de gibier : la menace plane pendant vingt ans -

Les dégâts de gibier sont de type alimentaire (abroutissement, rongement d’écorce et écorçage) ou de type comportemental (frottis). Les peuplements sont plus ou moins sensibles selon leur stade de développement, l’auteur des attaques et l’essence concernée. Ces dégâts ont une influence sur la qualité future du peuplement et son rendement économique. Il est donc important pour le sylviculteur de savoir les identifier pour y apporter une réponse adaptée.

Abroutissement
Abroutissement

L’abroutissement apparaît dès les premiers stades d’une régénération. Il se traduit par la consommation des bourgeons, feuilles et jeunes pousses par les cervidés et les lagomorphes (lapins et lièvres). Le coupable est facilement identifiable par l’aspect de la blessure. Elle sera mâchonnée s’il s’agit de chevreuil ou de cerf et nette s’il s’agit de lapin ou de lièvre. Pour ce dernier, l’angle d’incision sera oblique. Cervidés et lagomorphes ont des comportements différents. Les premiers ciblent de préférence les chênes, érables, frênes et merisiers et dans une moindre mesure les pins, douglas, hêtres et châtaigniers. Ils ne toucheront que très rarement aux bouleaux, aulnes et tilleuls, dont la consommation sera signe d’une surpopulation importante. Les lagomorphes sont moins sélectifs et bien que les résineux soient moins touchés, aucune essence n’est réellement épargnée.

L’essence n’est pas le seul facteur d’appétence. Les plants issus de pépinières sont plus riches en éléments minéraux que les semis issus d’une régénération naturelle. Ils seront donc plus souvent abroutis.

Le rongement de l’écorce intervient un peu plus tard, lorsque le diamètre des tiges atteint 5 à 6 cm. Il ne concerne que le petit gibier dont l’identification est aisée grâce à la présence de traces de dents. Les feuillus sont nettement préférés aux résineux.

Frottis
Frottis

Le frottis est uniquement le fait des cervidés mâles porteurs de bois. Il a lieu en période de rut ou de repousse des ramures. Cerfs et chevreuils frottent les troncs et les tiges, provoquant des décollements d’écorce. Les essences résineuses sont les plus touchées. Les grands plants de feuillus souples et peu branchus (merisier, chêne rouge et frêne) sont également très sensibles aux frottis. Les arbres commencent généralement à être attaqués par le chevreuil lorsque leur diamètre atteint 1 ou 2 cm et par le cerf à partir de 3 à 5 cm.

Ecorçage
Ecorçage

L’écorçage intervient au stade du perchis (tiges de 10 à 15 cm de diamètre). Il est imputable principalement aux cerfs, qui prélèvent de grands morceaux d’écorce qu’ils consomment ensuite. Ces dégâts sont le plus souvent irréversibles car ils entrainent la mortalité de l’arbre ou une importante dépréciation économique de la grume. Là encore les différentes essences ne sont pas égales face aux attaques. Les plus sensibles sont celles dont l’écorce est lisse. En Poitou-Charentes, les essences les plus concernées sont le châtaignier, le chêne rouge, le peuplier, le douglas et le cèdre.

Ces différents types de dégâts sont parfaitement tolérables tant qu’ils ne remettent pas en cause la pérennité de la forêt. A ce titre les services de l’Etat, dans leurs itinéraires techniques de reconstitution des peuplements, considèrent qu’une plantation est réussie lorsqu’au moins 75% des tiges initialement installées sont indemnes de dégâts de gibier.

Tableau récapitulatif : hauteur maximale des blessures
Lapin Lièvre Chevreuil Cerf
Abroutissement < 50 cm < 70 cm < 110 cm < 150 cm
Rongement de l’écorce < 50 cm < 70 cm x x
Écorçage x x x x
Frottis x x < 80 cm < 180 cm
Auteurs et organisme Date N°  Rubrique
Simon LAGLAINE
CRPF
2ème trimestre 2013 82 Essences
Dans la même rubrique
  1. les sols des vallées de Poitou-Charentes permettent de diversifier les essences
  2. Le noyer : arbre précieux, soins précis
  3. Les peupliers consomment moins d’eau qu’on ne le dit
  4. L’élagage du Pin maritime à trois mètres reste nécessaire
  5. Identifier correctement un peuplier renseigne sur sa généalogie
  6. Les peupleraies sont menacées par le puceron lanigère
  7. Blanc du Poitou, I.45-51 et Dorskamp : du moins performant au plus poussant
  8. De nouveaux peupliers à expérimenter
  9. La valeur du bois de peuplier diminue depuis un quart de siècle
  10. Lente reconstitution de la ressource en peuplier
  11. Le I.45.51 peut doubler le Dorskamp
  12. Eau et peuplier : encore de nombreuses interrogations
  13. Les arbustes forestiers – 1ère partie
  14. Peuplier, biodiversité et paysage : des sujets complexes à approfondir
  15. Une activité économique majeure avec une faible surface en peupleraie
  16. Le Frêne commun : une essence précieuse à développer
  17. Le Cèdre de l’Atlas : un géant des parcs qui a tout d’un forestier
  18. Les onze clones subventionnables pour les peupleraies de la région
  19. Nettoyage des peupleraies sinistrées : de lourds travaux sur des terrains fragiles
  20. Les arbustes forestiers (2ème partie)
  21. Maintenir le mélange peuplier –taillis de frêne est possible sous conditions
  22. Le peuplier, une histoire d’eau
  23. Le temps travaille pour le Blanc du Poitou
  24. Le rôle protecteur des essences d’accompagnement
  25. Travail du sol : tout bénéfice pour I214 et Dorskamp
  26. L’Alcinde en tête dans les sols limoneux
  27. Terrains à nappe profonde : penser aux clones interaméricains
  28. Peuplier - Bois élagué : jusqu’à 3000 F/m3
  29. Expérimentation : Dorskamp en tête dans les sols tourbeux
  30. Robinier : l’offre de bois d’œuvre ne suit pas la demande
  31. Erables : le sycomore en tête pour les usages nobles
  32. Le ’Blanc du Poitou’ est une valeur sûre
  33. Le Douglas perd du terrain
  34. Les chênes à feuilles persistantes sont adaptés à la sécheresse
  35. L’évolution du climat entraînera un déplacement des essences forestières
  36. La plantation est l’unique solution pour renouveler les peupleraies
  37. Le tulipier de Virginie : une essence ornementale au bois de qualité
  38. La régénération du châtaignier par semis pour produire des gros bois
  39. Le chêne pubescent vaut le chêne pédonculé
  40. Le Charme est l’ami du Chêne
  41. Le changement climatique ouvre une porte aux sapins méditerranéens
  42. Menace sanitaire sur le frêne
  43. Le bouleau est un colonisateur utile
  44. Dépérissement des taillis : la place du châtaignier va diminuer
  45. Dégâts de gibier : la menace plane pendant vingt ans
  46. Une pénurie annoncée en bois de Pin maritime
  47. Charpente ou menuiserie en Pin Laricio : l’élagage fera la différence
  48. LE DOUGLAS : malgré ses qualités une place limitée en Poitou-Charentes
  49. Les aulnes aussi peuvent produire du bois d’œuvre
  50. De nouvelles aides pour planter du peuplier
  51. Le Platane : des problèmes sanitaires qui limitent son utilisation forestière
  52. Maladies, sols et climat, responsables des dépérissements du châtaignier en Charente
  53. Le tremble, un peuplier forestier colonisateur
  54. Le charme, compagnon utile du chêne
  55. Des feuillus encore précieux pour la sylviculture, moins par leur prix
  56. Le peuplier n’est pas la seule essence présente dans les vallées
  57. Le Chêne vert progresse avec le changement climatique
  58. Les essences locales sont déjà impactées par le changement climatique