- Filière robinier : il est nécessaire d’augmenter la ressource -

Le robinier est une essence régionale très demandée par les utilisateurs de piquets ou de bois sciés mis en œuvre en extérieur. Il y a dix ans, les professionnels payaient au propriétaire le bois sur pied destiné à la fabrication de piquets aux alentours de 12 € le stère. Il se vend aujourd’hui 17,50 à 20 € ! De même le bois d’œuvre se négocie entre 50 et 100 € le mètre cube suivant la qualité. La demande grandissante en bois non traités pour le bardage, le mobilier de jardin ou les terrasses ne fait qu’accentuer cette tendance. Par sa durabilité en extérieur, cette essence peut opportunément se substituer à certains bois tropicaux et notamment le teck.

En usage extérieur et sans traitement, le robinier est la plus durable de nos essences locales.
En usage extérieur et sans traitement, le robinier est la plus durable de nos essences locales.

Mais la ressource disponible au niveau national est largement insuffisante pour les transformateurs qui doivent recourir aux importations en provenance d’Europe de l’Est, même pour le piquet de vigne. La surface occupée par le robinier en France est estimée à 130 000 ha par l’Institut National de l’Information Géographique et Forestière, soit moins de 1 % de la surface boisée. Elle est située presque exclusivement dans de petites parcelles appartenant à des particuliers. Les massifs importants sont souvent à proximité des zones de vignoble consommatrices de piquets (Bordelais, Bourgogne). Avec 4 000 à 5 000 ha, le robinier représenterait 2 % des surfaces boisées de Poitou-Charentes, dont la moitié dans le département de la Vienne. L’aire de répartition de l’essence augmente régulièrement depuis une vingtaine d’années. Les raisons sont multiples : propriétaires planteurs attirés par sa rentabilité, recolonisation des haies dévastées par la graphiose de l’orme, progression dans les régénérations dépérissantes de chêne après coupe.

Malgré tout, si l’on veut limiter le déficit d’approvisionnement de cette filière, une augmentation de la ressource est nécessaire. Il faut créer de nouveaux boisements, mais aussi favoriser une sylviculture permettant d’augmenter la proportion de bois d’œuvre dans les peuplements existants.

Payé le double du châtaignier, le piquet en robinier est très demandé par les vignerons qui le préfèrent souvent au piquet métal ou en bois traité.
Payé le double du châtaignier, le piquet en robinier est très demandé par les vignerons qui le préfèrent souvent au piquet métal ou en bois traité.

Le semis direct donne encore des résultats incertains, même si on obtient parfois de beaux peuplements. La manière la plus sûre de réussir un boisement reste la plantation à une densité minimale de 1 600 tiges/ha. Il est impératif de la recéper, c’est à dire de la couper à ras après une période de 3 à 10 ans. On obtiendra alors une densité 5 à 10 fois supérieure à celle de la plantation. La forme des arbres en sera notablement améliorée, le piquet nécessitant des tiges droites. Retarder ce recépage à 10 ans permet d’obtenir une première petite récolte de bois de chauffage.

Dans un taillis existant, le maintien d’une cinquantaine de belles tiges à l’hectare au moment de la coupe permettra d’augmenter la proportion de bois d’œuvre lors de la coupe suivante. Si le taillis est exploité à 20 ans, ces « doublonnes » auront 40 ans lors de la prochaine exploitation et pourront fournir une bonne proportion de bois sciable. On pourra renouveler l’opération en choisissant à nouveau 50 belles tiges par hectare dans le taillis, en veillant à ne pas dépasser ce chiffre. Des tiges réservées en surnombre pourraient concurrencer la repousse du taillis et nuire à long terme au bon renouvellement du peuplement. Le robinier est en effet une essence très exigeante en lumière.

Auteurs et organisme Date N°  Rubrique
Jean-Marc DEMENE
CRPF
1er trimestre 2014 85 Environnement
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