- L’essor du bois énergie sera-t-il compatible avec la ressource ? -

La demande en bois destiné à l’énergie augmente régulièrement et les propriétaires forestiers commencent à en profiter financièrement depuis trois ans. Sur pied, le bois bûche de chêne se vend parfois plus de 14 € le stère dans certains secteurs et le prix des éclaircies de taillis est aujourd’hui quasiment identique à celui des coupes rases. Il y a encore dix ans, ces mêmes éclaircies étaient très difficiles à vendre. Quant au bois destiné au broyage pour les chaufferies automatiques, récolté pour rien en forêt il y a quelques années, il se vend maintenant de 3 à 5 € la tonne, parfois plus. La demande flambe et les exploitants cherchent à s’approvisionner en mettant les moyens pour alimenter cette filière en constante progression. Aux ventes aux enchères, certains lots d’éclaircies de taillis font l’objet de plus de dix offres d’achat.

Une exploitation en arbre entier pour le bois énergie ne permet pas le tri et la valorisation des différents produits.
Une exploitation en arbre entier pour le bois énergie ne permet pas le tri et la valorisation des différents produits.

La demande en bois bûche est soutenue et les besoins en plaquettes forestières pour les chaufferies automatiques progressent régulièrement depuis 20 ans. En Poitou-Charentes, on compte aujourd’hui 300 chaudières à bois, collectives ou industrielles, totalisant une puissance d’environ 200 Mégawatts. Depuis quatre ans, les installations nouvelles correspondent à une augmentation annuelle du parc de 20 Mégawatts. Ceci représente annuellement un besoin supplémentaire de 15 000 tonnes de bois. Cette augmentation est acceptable au regard de la ressource disponible localement. On constate que la filière a su répondre jusqu’à présent à cette demande croissante.

L’Agence Régionale Energie Climat (AREC) estime que le volume inexploité serait de 400 000 m3 par an, soit 20 % de la production régionale. Mais cette matière inexploitée n’a pas pour vocation à être intégralement destinée à la filière énergie, au détriment des autres usages du bois. Chez les acteurs de la filière bois, le sentiment est aujourd’hui unanime : ils ont des doutes quant à l’approvisionnement futur de cette filière bois énergie. Leurs craintes sont renforcées par l’existence de projets de grosses ou très grosses chaufferies dans les régions voisines, ou d’unités de cogénération produisant à la fois chaleur et électricité. Celles-ci sont indirectement subventionnées par les consommateurs au travers d’un tarif préférentiel de rachat de l’énergie électrique produite à partir de biomasse. La consommation de telles unités se mesure en dizaines, voire en centaines de milliers de tonnes annuelles. En région Aquitaine, aujourd’hui très déficitaire en bois après deux grosses tempêtes, on commence à exploiter les souches des pins après coupe pour alimenter ces grosses unités. Des conflits d’usages apparaissent entre utilisateurs d’un même gisement : filière bois énergie, scieurs de petits bois pour emballages et palettes, papetiers, industriels de panneaux de particules, fabricants de piquets de châtaignier.

Cette tendance présente un intérêt à court terme pour les sylviculteurs producteurs d’une matière dont les cours n’ont cessé de baisser depuis trente ans. Mais sur le long terme, la préservation d’une filière bois diversifiée et d’un réseau de chaudières de proximité maintiendra une concurrence entre acheteurs et permettra de valoriser au mieux les différents produits de leurs forêts. Même si l’énergie demeurera toujours un débouché du bois, il ne faut pas oublier que c’est aussi le moins valorisant de tous ses usages, tant au niveau du chiffre d’affaire généré par l’aval que de celui du nombre d’emplois induits en comparaison avec les autres filières de transformation.

Jusqu’au 1er janvier 2015, les propriétaires forestiers peuvent acquérir et appliquer les produits pesticides (herbicides, fongicides, insecticides) en présentant un document de gestion durable (PSG, RTG, CBPS) ou en présentant un N° SIRET. Après cette date, la qualification CERTIPHYTO est obligatoire. Toutes les personnes qui n’auront pas ce diplôme ne pourront ni acheter, ni appliquer ou décider de l’application de ces produits. Pour plus de renseignements, consulter l’article paru dans le Bois et Forêts n° 83 de l’été 2013.
Auteurs et organisme Date N°  Rubrique
Jean-Marc DEMENE
CRPF
4ème trimestre 2014 88 Economique
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