- La forêt a besoin des champignons -

Les amateurs de champignons ne s’intéressent souvent qu’à la partie aérienne de ces espèces. Maintes fois photographiées dans tous les guides mycologiques, elles terminent souvent dans nos assiettes, du moins pour celles qui sont comestibles. Cependant, cèpes, girolles, trompettes de la mort, rosés des prés ne sont que les « fleurs » de ces organismes, appelées carpophores par les mycologues. Les champignons sont en réalité constitués d’un vaste réseau de filaments souterrains, dénommé mycélium, qui représente la majorité de la biomasse présente dans un sol forestier. Mis bout à bout, ces filaments contenus dans un mètre cube de sol pourraient mesurer plusieurs milliers de kilomètres. Cet univers est encore largement inconnu des scientifiques, puisqu’une grande partie des multiples espèces n’a pas encore été identifiée. A présent, on sait que les champignons jouent un rôle très important dans la vie des plantes, et en particulier des arbres qui pourraient difficilement se passer d’eux.

Le code civil précise que, comme les fruits ou le bois, les champignons appartiennent au propriétaire de la parcelle boisée.
Le code civil précise que, comme les fruits ou le bois, les champignons appartiennent au propriétaire de la parcelle boisée.

Ni animaux, ni végétaux, les champignons ont été classés par les scientifiques dans une catégorie spécifique : le règne fongique. Leur diversité est immense. Elle s’étend des levures responsables des fermentations à l’origine de la pénicilline, de la bière, du vin ou du yaourt, jusqu’aux cèpes qui émergent dans les feuilles mortes à l’automne.

En forêt, on peut les classer en trois groupes :

* Les parasites attaquent les arbres vivants, souvent préalablement affaiblis ou blessés. L’armillaire qui se nourrit de racines ou les rouilles qui nécrosent les feuilles en font partie.

* Les décomposeurs ou saprotrophes digèrent le bois mort ou les feuilles de la litière et accélèrent le retour au sol de la matière organique. Ce groupe comprend notamment les amadouviers, qui se développent sur les arbres sénescents ou morts.

* Les champignons mycorhiziens, quant à eux vivent, en symbiose avec les arbres en étroit contact avec leurs racines. La plupart des champignons comestibles, dont les bolets, appartiennent à ce groupe. Les racines d’un chêne peuvent héberger jusqu’à 200 espèces différentes de mycorhiziens.

Cette dernière catégorie mérite toute l’attention du forestier. Entre le champignon et l’arbre c’est du donnant-donnant : les mycorhizes, incapables de fabriquer des sucres par photosynthèse, prélèvent jusqu’à 20% de la production de l’arbre à travers ses racines. En échange elles peuvent lui fournir presque la moitié des minéraux nécessaires à sa croissance. Elles mobilisent l’eau et le phosphore beaucoup plus efficacement que les racines des arbres en prospectant un volume de terre jusqu’à mille fois supérieur. Elles les aident ainsi à surmonter les périodes de sécheresse. En outre, on sait maintenant que les champignons épurent le sol de certains éléments toxiques en stockant métaux lourds et éléments radioactifs. Ils stimulent également la croissance des radicelles des arbres. Ils peuvent même s’associer à des bactéries pour synthétiser des antibiotiques afin d’aider les arbres à lutter contre certaines maladies et préserver ainsi leur hôte.

Tout cet univers souterrain, détruit aujourd’hui dans bon nombre de sols agricoles, est à préserver dans les sols forestiers. Il contribue à maintenir la productivité et la santé des peuplements. Ce capital, essentiel pour le sylviculteur, peut être durablement affecté par des pratiques inadaptées telles que les tassements causés par les engins de débardage.

Auteurs et organisme Date N°  Rubrique
Jean-Marc DEMENE
CRPF
Année 2017 97 Environnement
Dans la même rubrique
  1. Les insectes contribuent à l’équilibre des écosystèmes forestiers
  2. La gestion forestière doit tenir compte des conséquences de la sécheresse
  3. A chaque forêt sa garantie de gestion durable
  4. Le chêne tauzin, un intérêt plus patrimonial qu’économique
  5. Les chauves-souris contribuent à la bonne santé des forêts
  6. La gestion durable dépasse la simple prise en compte des fonctions environnementales de la forêt
  7. La forêt cultivée contre l’effet de serre
  8. Le râle des genets
  9. Arbres têtards : tirés de l’oubli pour leur rôle environnemental
  10. Les atouts des résineux peuvent être utiles en sol pauvre
  11. Les orchidées forestières
  12. Le poids de l’histoire dans la biodiversité
  13. Les landes, des milieux riches à conserver
  14. Des prescriptions sylvicoles pour le site pilote Natura 2000 du "Val de Charente et Seugnes"
  15. Chaque forestier doit connaître la maladie de Lyme pour s’en protéger
  16. Climat : les forêts peuvent atténuer l’effet de serre
  17. La deuxième vies des arbres morts
  18. LIERRE ET RONCES pour une forêt vivante et productive
  19. Le Bois Raméal Fragmenté redonne vie aux sols
  20. Vers la fin de l’utilisation des produits chimiques en forêt…
  21. Le réchauffement climatique remet en cause la gestion des chênaies
  22. Une peupleraie à diversifier pour un meilleur état sanitaire
  23. Des vieux arbres pour renforcer la biodiversité
  24. Les arbres : un besoin vital pour les abeilles
  25. Populiculture et respect de l’environnement sont compatibles
  26. Bombyx disparate : plus de peur que de mal
  27. Les lisières aussi doivent être gérées
  28. Le changement climatique modifiera l’activité des pathogènes forestiers
  29. Une taxe sur les permis de construire protège les espaces naturels
  30. Les plantations mélangées sont délicates à gérer
  31. La forêt, dernier refuge des amphibiens.
  32. La régénération naturelle potentiellement favorable à la biodiversité
  33. Des espèces invasives difficiles à contenir
  34. Le bois mort participe à la santé des forêts
  35. Un indice pour évaluer la biodiversité des peuplements forestiers
  36. Le forestier participe à la sauvegarde des loutres et visons
  37. Quelques règles sylvicoles pour limiter les dégâts de cervidés.
  38. Gestionnaire forestier et oiseaux, des bénéfices réciproques
  39. Les incendies perturbent l’écosystème forestier
  40. Réglementations : des procédures simplifiées avec le plan simple de gestion
  41. Filière robinier : il est nécessaire d’augmenter la ressource
  42. Bioclimsol : un outil pour intégrer le climat au diagnostic forestier
  43. Des plans pour mieux protéger les forêts contre le feu
  44. L’exportation des rémanents appauvrit souvent les sols
  45. Les petits animaux participent à la régénération de la forêt
  46. Les constructeurs de la LGV proposent des aides en faveur de la biodiversité forestière
  47. La maladie des bandes rouges compromet l’avenir du pin laricio
  48. Le difficile combat contre les espèces envahissantes des boisements alluviaux
  49. L’inquiétante progression de la Chalarose du Frêne
  50. Limiter les tassements du sol en canalisant le passage des engins
  51. Le marquage des éléments de biodiversité en forêt facilite leur conservation
  52. La forêt a besoin des champignons
  53. 2011, Année internationale des forêts.