- La gestion forestière doit tenir compte des conséquences de la sécheresse -

Les années 2003 et 2005 ont été difficiles pour la végétation forestière. La première a cumulé une sécheresse marquée et des températures caniculaires au mois d’août. Le déficit en eau a atteint 50 % des ressources normales dans le Sud-Ouest. 2005 a été une année extrêmement sèche dans notre région mais sans chaleur excessive. Les premiers dégâts visibles l’ont été dans les plantations de l’année. La mortalité a été d’autant plus grande que l’installation a été tardive, que l’essence était « fragile » (chêne rouge d’Amérique par exemple) ou que le sol était filtrant.

Sur les arbres adultes, on a pu observer des brûlures de feuillage suivies d’une chute prématurée. En 2003, nombre de cimes de douglas avaient rougi et dépéri. La perte de croissance est significative et les arbres sont affaiblis. Ces symptômes ont localement été plus marqués, lorsque des facteurs aggravants se sont ajoutés. C’est le cas des attaques printanières de chenilles défoliatrices. La forte concurrence herbacée dans les jeunes plantations a été nuisible. Le chêne pédonculé en station non adaptée a beaucoup souffert. Les risques pourront être aggravés par une répétition des accidents climatiques. Le printemps 2006 et les années à venir pourront révéler d’éventuels dégâts, qu’il n’était pas possible d’observer auparavant. Les conséquences de la sécheresse de 1976, dont les effets se faisaient encore ressentir 15 ans après, doivent nous faire réfléchir !

Des parasites de faiblesse, comme les scolytes et les bostryches, des maladies dues à des champignons pathogènes, des pullulations de chenilles défoliatrices comme celles du bombyx ou de la processionnaire du pin pourront être observés.

La situation n’est, bien entendu, pas catastrophique mais peut inciter à une prudence supplémentaire dans la gestion des peuplements. Il est possible de donner les conseils suivants pour essayer de minorer les effets de ces sécheresses et de celles qui risquent de survenir encore dans un avenir plus ou moins proche.

Pour les plantations à venir, il conviendra de choisir des essences rustiques : le douglas devra être cantonné aux zones à forte pluviométrie, le chêne sessile sera privilégié par rapport au pédonculé. Les entretiens seront adaptés aux données climatiques. C’est ainsi que la fougère a un rôle protecteur en cas de forte chaleur, alors que la concurrence d’une strate herbacée aggravera les effets de la sécheresse.

Pour la gestion des peuplements, le mélange des essences constituera une bonne précaution de même qu’une diversité maximale des strates, la conservation du sous-étage et la mosaïque des âges. Le maintien des lisières jouera un rôle protecteur contre l’effet de dessèchement du vent ou celui du soleil.

La chute des feuilles est un mécanisme de défense des arbres : dans un premier temps, plus il fait sec, plus les stomates des feuilles, ces pores microscopiques par lesquels s’effectuent les échanges gazeux avec l’atmosphère, se ferment. Cela permet à l’arbre de réduire son évapotranspiration, donc sa consommation d’eau. En cas de sécheresse prolongée, les feuilles tombent… les fonctions vitales des organes foliaires ne supportent pas, en effet, des températures supérieures à 45° quand l’évapotranspiration est totalement bloquée. De plus, la photosynthèse se ralentit et les arbres ne constituent plus leurs réserves dont ils auront besoin plus tard. Ils sont donc fragilisés, même si on ne le voit pas forcément tout de suite, par l’accumulation de stress successifs.

Auteurs et organisme Date N°  Rubrique
Alain PERSUY et André THILLOU CRPF 3ème trimestre 2006 55 Environnement
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