- La sylviculture, c’est doser la lumière au profit de chaque arbre d’avenir -

Le respect du sous-étage garantit la qualité du tronc
Le respect du sous-étage garantit la qualité du tronc

Le sylviculteur ne doit jamais oublier que la concurrence entre les arbres se fait d’abord au niveau des houppiers pour capter le maximum de lumière, bien plus qu’au niveau du sol. Toutes ses interventions en forêt doivent donc être guidées par le souci de bien répartir l’éclairement au profit des arbres d’avenir.

La partie aérienne d’un arbre peut être divisée en deux : le houppier et le tronc. Le houppier, ensemble des branches et des feuilles, est l’usine à bois de l’arbre. Dans chaque feuille, le processus de photosynthèse activé par l’énergie solaire élabore tous les sucres et substances dont l’arbre a besoin pour vivre et grandir. Pour produire un maximum de bois, ce houppier doit être le plus étendu possible et bien exposé à la lumière. Le tronc est un tissu de soutien pour l’arbre, sorte de colonne vertébrale qui fait office de réservoir pour accumuler le bois produit chaque année. A l’inverse du houppier, celui-ci doit être protégé de la lumière du soleil. Un éclairement brutal des troncs peut avoir deux conséquences néfastes pour l’arbre : apparition de nombreux « gourmands », branches issues de bourgeons se formant sous l’écorce grâce à la lumière et coups de soleil dramatiques pour certaines espèces à écorce fine comme le merisier. Dans les deux cas, on assiste à une dégradation pouvant évoluer vers la descente de cime et même la mort de l’arbre.

Une bonne sylviculture doit donc favoriser le développement des houppiers des arbres d’avenir pour leur permettre une croissance optimum. C’est le rôle des éclaircies qui doivent aider les meilleurs sujets à conserver leur place dans l’étage dominant et ensuite agrandir cet espace pour une croissance en diamètre des houppiers. Atteindre ce niveau supérieur est vital pour les essences dites « de lumière » comme le chêne ou les pins. Pour en être convaincu, il suffit d’observer un peuplement fermé de chênes adultes : il ne survit aucun chêne dominé vivant à l’ombre des autres. Tout arbre distancé dans la course vers la lumière dépérit plus ou moins rapidement. Même les glands tombant chaque année sur le sol n’ont aucune chance de donner naissance à un futur chêne sans un éclairement vigoureux du sol. Malgré tout, une place dans l’étage dominant ne suffit pas : les éclaircies doivent assurer un espace latéral aux houppiers pour libérer leur croissance en diamètre. Il ne faut jamais oublier que la production annuelle d’une forêt fermée est indépendante de la densité des arbres. 400 peupliers plantés sur un hectare produisent annuellement la même quantité de bois que 200 peupliers sur la même surface, mais avec moins de rendement financier, car chaque arbre sera de plus petit diamètre, donc de moindre valeur au mètre cube.

Mais si les éclaircies doivent toujours garantir une bonne croissance aux arbres, elles doivent cependant être dosées de façon à éviter la mise en lumière du fût des arbres. C’est alors la présence ou non d’un sous-étage qui doit déterminer l’intensité de l’éclaircie. Seules les essences dites « d’ombre » peuvent constituer cet étage dominé. Ces espèces peuvent tolérer de vivre à l’ombre des dominants : charme, hêtre, noisetier, alisier torminal peuvent jouer ce rôle. Leur présence fournit un « gainage » protecteur latéral des troncs des arbres d’avenir vis-à-vis de la lumière et permet des éclaircies plus fortes dans l’étage dominant. Son absence est toujours un handicap pour une bonne sylviculture dans le chêne. Il peut cependant être planté artificiellement, comme l’a souvent fait l’Office National des Forêts qui a introduit un sous-étage dans bon nombre de chênaies domaniales.

L’importance du rôle de la lumière est souvent mal connue de l’observateur novice. L’idée répandue que « sous les résineux rien ne pousse » vient en grande partie de l’image donnée par les jeunes plantations d’épicéas du Massif Central en retard d’éclaircies, au couvert très sombre. C’est plus le manque de lumière au sol qui empêche le développement de toute végétation, que la nature de l’essence plantée.

Auteurs et organisme Date N°  Rubrique
Jean-Marc DEMENE
CRPF
2ème trimestre 2006 54 Technique
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