- Le changement climatique ouvre une porte aux sapins méditerranéens -

Certains sapins méridionaux originaires du bassin méditerranéen pourraient présenter localement un intérêt pour le reboisement dans le contexte du changement climatique. Ce n’est pas le cas du plus connu des sapins, le pectiné (Abies alba), aussi dénommé sapin des Vosges. Très commun dans l’étage montagnard où il trouve les meilleures conditions pour bien se développer, il n’est pas adapté au contexte climatique de notre région.

Sapin de Nordmann
Sapin de Nordmann

Le meilleur candidat potentiel pourrait être le sapin de Nordmann (Abies nordmanniana) dont l’aire naturelle de répartition s’étend du nord du Caucase jusqu’en Turquie. Ses aiguilles, non piquantes, sont disposées en brosse rabattue vers l’avant des rameaux. Il résiste à la sécheresse comme au froid. Son débourrement tardif le rend résistant aux gelées de printemps. La richesse chimique du sol l’indiffère, il accepte les sols calcaires comme siliceux. Les terrains argileux peu compacts même superficiels lui conviennent tant qu’ils ne sont pas mouilleux. Par contre, il déteste les landes acides. Sa croissance juvénile est lente, mais sa production peut atteindre 8 m3/ha/an. En France, il est principalement cultivé pour la production de sapins de Noël, car à la différence du traditionnel épicéa, ses aiguilles ne piquent pas et restent plus longtemps sur l’arbre. Il a également été utilisé à des fins forestières dans les années soixante, mais cantonné aux plus ingrats des sols calcaires, il n’a pas pu exprimer toutes ses potentialités.

Le Sapin de Grèce (Abies cephalonica) est quant à lui indigène entre 700 et 1 700 m d’altitude dans les montagnes arides de la Grèce méridionale. Ses aiguilles piquantes sont disposées perpendiculairement aux rameaux. Cet arbre résiste à la sécheresse du sol comme de l’atmosphère, mais reste sensible au froid qui peut provoquer des gélivures sur son tronc. Et son débourrement précoce le rend sensible aux gelées printanières. Il préfère les sols calcaires et ne supporte pas les terrains compacts, acides ou hydromorphes. Sa croissance est lente pendant une quinzaine d’années, mais sa production peut atteindre 7 m3 par hectare et par an dans son aire d’origine. En peuplement forestier, on le trouve essentiellement dans le sud-est de la France.

Sapin de Céphalonie
Sapin de Céphalonie

D’autres sapins présentent un intérêt plus limité, tel le sapin d’Espagne (Abies pinsapo) ou le sapin de Numidie (Abies numidica). Les facteurs limitant leur introduction sont leur sensibilité au froid et leur faible croissance.

Dans tous les cas, ces sapins présentent un bois de qualité comparable à celle du sapin pectiné, tout en étant potentiellement adaptables au contexte de plaine atlantique. Reste à tester leurs performances dans notre région par l’installation d’un réseau de références.

Jean-Michel Clupeau

Auteurs et organisme Date N°  Rubrique
Jean-Michel Clupeau
CRPF
3ème trimestre 2012 79 Essences
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