- Le forestier participe à la sauvegarde des loutres et visons -

Le Vison d’Europe et la Loutre sont deux espèces protégées car menacées de disparition. Cependant, elles sont encore présentes dans les principales vallées charentaises. Le maintien de leurs habitats spécifiques est vital pour leur survie. Les propriétaires de parcelles forestières situées dans ces milieux alluviaux sont directement concernés. La Loutre comme le Vison sont des petits mammifères semi-aquatiques. Ils sont en général très mal connus, voire inconnus des habitants car extrêmement craintifs et farouches. Ils sont de plus exclusivement nocturnes.

Le vison d’Europe
Le vison d’Europe

Le Vison d’Europe est de loin l’espèce la plus menacée. Au début du XXe siècle, il était présent dans plus de quarante départements de la moitié ouest de la France. Aujourd’hui, la France possède, avec l’Espagne, une des deux seules populations d’Europe occidentale, dans sept départements du Sud-ouest Atlantique. La rivière Charente et ses affluents constituent l’extrême limite nord de sa répartition. La Loutre d’Europe était autrefois également présente dans toute l’Europe. En France, il reste deux populations bien distinctes : une sur la façade Atlantique et l’autre dans le Limousin, mais l’espèce est en phase de nette recolonisation de ses anciens territoires. Les raisons de leur raréfaction sont multiples. Il y a tout d’abord la régression des zones humides observée depuis un demi-siècle ainsi que la dégradation de la qualité des eaux. Et aujourd’hui les collisions routières sont la cause principale de mortalité de l’espèce. Pour survivre, visons et loutres ont besoin de cours d’eau non pollués ainsi que d’une diversité de milieux naturels ou semi-naturels, tranquilles et attenants à leur cache. Ces petits mammifères fréquentent les boisements inondables et les prairies humides, surtout celles colonisées par des grandes herbes : les mégaphorbiaies, qui jouent un rôle primordial pour leur sécurité et leur tranquillité. Les marais ouverts avec fossés et mares sont aussi favorables à ces espèces. Les secteurs les plus adaptés semblent être constitués par une mosaïque de milieux où la diversité des habitats permet d’offrir différents types de proie à chaque saison.

Le forestier peut favoriser le maintien ou le développement de ces deux espèces en gérant des boisements à base d’aulne et de frêne. Le vieillissement de peuplements naturels, notamment les moins accessibles, demeure très favorable. La présence sur les berges de gros arbres creux et de souches est primordiale. D’une façon générale, les boisements naturels sont à pérenniser par une gestion sylvicole traditionnelle avec récolte de bois de chauffage ou de bois d’œuvre. Quelques principes sont néanmoins à respecter pour garantir leur bon fonctionnement écologique. Il faudrait éviter les coupes, la même année, sur des surfaces supérieures à 1 hectare d’un seul tenant. Toujours lors de l’exploitation, le propriétaire maintiendra une bande boisée de 5 à 8 mètres en bord de cours d’eau ; il est primordial de maintenir la ripisylve lorsqu’elle existe.

La loutre d’Europe
La loutre d’Europe

Lors de la reconstitution des peupleraies, la plantation sera réalisée à plus de 5 mètres de la berge, afin d’éviter que les peupliers trop proches de la rive ne la déstabilisent. Ainsi, une végétation naturelle recolonisera cette bande. Il est également conseillé de ne pas effectuer d’entretien annuel de la végétation. Un broyage de la parcelle tous les 3 ans en moyenne est suffisant dès lors que le dernier élagage des peupliers est terminé. On conservera sur le terrain des zones de quiétude et de refuge : ronces, tas de bois ou vieilles souches. L’époque de réalisation des travaux en bordure des cours d’eau est primordiale : on évitera toute intervention à partir du mois de mars, période de reproduction et jusqu’au mois d’août, fin de la période d’allaitement et moment de la dispersion des jeunes. Les préconisations à observer par les propriétaires forestiers et les populiculteurs sont contenues dans les contrats et chartes Natura 2000. L’adhésion à ces documents permet de concilier la production forestière et le maintien d’habitats propices à la sauvegarde de ces espèces particulièrement menacées. Afin de promouvoir ces préconisations, le CRPF et le CETEF de la Charente mènent, en liaison avec la LPO, une action d’animation sur les secteurs Natura 2000 des vallées de la Charente, des Seugnes et du Coran.

Alain Rousset Alain Persuy

Auteurs et organisme Date N°  Rubrique
Alain Rousset et Alain Persuy
CRPF
4ème trimestre 2012 80 Environnement
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