- Les atouts des résineux peuvent être utiles en sol pauvre -

Largement introduit au 19ème siècle, le pin maritime a permis de valoriser des sols très pauvres.
Largement introduit au 19ème siècle, le pin maritime a permis de valoriser des sols très pauvres.

Souvent contestés parfois diabolisés les résineux n’occupent que 20 % de la surface forestière régionale. Plus des deux tiers sont des pins maritimes.

Ils ont permis au siècle dernier de fixer les dunes côtières dans l’île d’Oléron et à la Coubre, là où aucune autre essence n’aurait pu prospérer. Ils ont également permis aux habitants du sud des deux Charentes de mettre en valeur des terres ingrates en leur fournissant une richesse importante pendant près d’un siècle : la résine. Les autres massifs sont constitués de Pin sylvestre, de Pin laricio et de Douglas. Le Pin sylvestre, en régression, est surtout présent dans la Vienne sous forme de peuplements âgés datant de l’après première guerre mondiale. Les graines provenaient pour la plupart des dommages de guerre exigés à l’Allemagne par le Traité de Versailles de 1919. Les boisements de Pin laricio et de Douglas se développèrent après la création du Fonds Forestier National en 1947 et ont presque tous moins de 50 ans. Les plus productifs d’entre eux sont les douglas du Confolentais qui bénéficient de la meilleure pluviométrie de la Région. Les autres résineux sont anecdotiques, comme le cèdre qui peut mettre en valeur certains sols calcaires pauvres.

Du fait de leur prise au vent en hiver, les résineux ont payé un très lourd tribut aux intempéries de 1999. Malgré la moindre valeur de leur bois et leur sensibilité aux incendies, ils ne doivent pas être systématiquement écartés des projets de reconstitution forestière. Ils permettent de mettre en valeur des sols trop ingrats pour y faire prospérer des feuillus : nos voisins landais, malgré de multiples essais de diversification, n’ont pas encore trouvé de remplaçant au pin maritime qui s’accommode de sols très acides, secs ou très humides. Dans une zone infestée de cervidés, un semis de pin maritime a nettement plus de chances de survie qu’une plantation feuillue, et ceci à moindre frais. De plus grâce à leur facilité d’entretien, ces reboisements sont plus adaptés à des sylviculteurs disposant de temps ou de moyens limités.

Les conifères sont les survivants d’une histoire très ancienne. Seuls végétaux supérieurs il y a 200 millions d’années, ils cohabitèrent ensuite pacifiquement avec les feuillus à l’ère tertiaire. Une série de glaciations, dont la dernière se termina il y a seulement 10000 ans, mit fin à cette période pacifique et extermina presque toute la flore de l’hexagone quand la moitié de la France se trouva sous 100 mètres de glace. Les paléo botanistes estiment que les derniers douglas et séquoias ont été éliminés de notre pays il y a seulement 12000 ans, date très récente même à l’échelle d’un certain Homo Sapiens dont l’aventure commença voici 100 000 ans. Dès le redoux du climat, la « reconquête » du territoire par les végétaux commença. Les feuillus, mieux équipés sur le plan biologique, battirent à plate couture les résineux. Ils s’installèrent dans tout le pays et ne laissèrent à ces derniers que des territoires trop ingrats pour eux-mêmes : hautes montagnes, sables dunaires, ravins escarpés…

La carte forestière de la France actuelle se dessina peu à peu à l’issue de cette reconquête. Au cours des siècles derniers, la surexploitation épargna ces arbres à aiguilles au bois souvent méprisé et situés dans des régions peu accessibles. Seuls les marins allaient régulièrement cueillir quelques mâts de bateau parmi les résineux d’altitude. Dès le 19ème siècle, les forestiers ont su pleinement profiter de la qualité essentielle des conifères : leur frugalité. L’âge d’or du reboisement fut le second empire, au cours duquel 2 millions d’hectares furent replantés en 20 ans, surtout en zone montagneuse pour mettre fin aux catastrophes naturelles qui détruisaient régulièrement les villages dans les vallées : avalanches, coulées de boue, etc… Seuls les résineux ont pu recoloniser ces terrains ravagés et reconstituer peu à peu une protection et des paysages qui perdurent aujourd’hui.

L’objectif forestier global de la région doit être de favoriser le feuillu de qualité, car notre faible pluviométrie ne nous permet pas de pouvoir produire en quantité. L’Aquitaine et le Limousin sont deux régions voisines, championnes de la production de masse en résineux, avec lesquelles nous ne pouvons rivaliser. Pour autant nous ne pouvons écarter ces essences des projets de reconstitution, car leur rusticité peut parfois imposer leur choix au reboiseur.

Auteurs et organisme Date N°  Rubrique
Jean-Marc DEMENE
CRPF
1er trimestre 2004 45 Environnement
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