- Les incendies perturbent l’écosystème forestier -

Le réchauffement climatique global se traduit, à l’échelle des grandes régions, par une fréquence accrue des phénomènes extrêmes. Le climat devient plus chaotique et les canicules et sécheresses devraient se multiplier au cours des prochaines décennies. Dans ce contexte, le risque de feux de forêts augmente. Au delà de l’aspect économique désastreux, ces futurs incendies auront un impact environnemental très négatif.

Au niveau mondial, depuis 25 ans, les territoires sont plus sensibles et la structure des feux évolue : ils deviennent plus fréquents, plus intenses, plus étendus et moins maîtrisables. Leurs effets sont multiples et dévastateurs. La combustion libère massivement du gaz carbonique et contribue ainsi à accentuer les dérèglements climatiques qui les ont favorisés. Ils réduisent la biodiversité végétale en éliminant les espèces les moins résistantes au feu. Ils perturbent les équilibres écologiques et sont souvent suivis d’attaques d’insectes. Ainsi, en Russie, les graves incendies de 1998 sur plus de 2 millions d’hectares ont anéanti les fonctions écologiques des espaces forestiers pour une durée de 50 à 100 ans.

Pourtant, dans les plaines du Grand Nord Américain ou dans certaines forêts boréales, les feux participaient traditionnellement au renouvellement des peuplements. Leur rythme et leur répartition contribuaient à créer une mosaïque de forêts d’âges et de compositions variés, à tel point que l’administration en charge des forêts les a parfois employés dans le cadre de brûlages dirigés. Mais ces feux étaient moins intenses et moins fréquents que depuis une vingtaine d’années. De plus, ces effets potentiellement positifs n’auraient pas pu être transposés dans nos régions qui ne disposent pas de grands ensembles forestiers « naturels ». Les forêts de l’Europe de l’Ouest sont façonnées par l’homme depuis des siècles. Les gestionnaires, qui récoltent le bois et reconstituent ensuite de jeunes peuplements n’ont nul besoin d’incendie pour les aider. Les feux dirigés peuvent uniquement être utilisés dans certains cas précis pour éviter l’envahissement de certains milieux ouverts par les ligneux ou pour la régénération des landes à bruyère, dans la réserve naturelle du Pinail en forêt de Moulière par exemple. Ces pratiques risquées tendent à régresser.

Dans les zones à risque, les Plans Départementaux de Protection des Forêts Contre l’Incendie (PDPFCI) permettent de recenser et d’améliorer les équipements  tels que pistes et points d’eau.
Dans les zones à risque, les Plans Départementaux de Protection des Forêts Contre l’Incendie (PDPFCI) permettent de recenser et d’améliorer les équipements tels que pistes et points d’eau.

Pour éviter des incendies de grande ampleur, comme en Grèce en 2007 ou au Portugal en 2012, les forestiers français doivent accentuer leurs efforts en termes de dynamisme de gestion et de prévention. Une gestion durable et volontariste permet de diversifier l’âge des peuplements sur les différentes parcelles. Bien conduite, elle favorise la biodiversité tout en limitant le volume de bois sur pied et donc de combustible. La prévention doit, quant à elle, être mise en œuvre de manière collective avec l’aide de la puissance publique. Ainsi, les associations syndicales de défense contre l’incendie participent à la surveillance des massifs, créent et entretiennent les pistes d’accès et des réserves d’eau... Cet effort doit être poursuivi. Grâce à ces actions, l’Aquitaine, par exemple, n’a pas connu d’incendie majeur depuis les années cinquante.

Auteurs et organisme Date N°  Rubrique
Arnaud GUYON
CRPF
3ème trimestre 2013 83 Environnement
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