- Marais poitevin : le peuplier sur la sellette -

Les forestiers et les industriels du bois restent soucieux de préserver la vocation populicole du Marais poitevin. Or, l’extension du « site classé » qui limite les activités sur ce territoire impacte fortement le développement, voire le maintien du peuplier.

Le « Marais mouillé », berceau du Blanc du Poitou, est le siège d’une importante tradition populicole. Dès le XIXème siècle, le peuplier a permis le développement d’une activité industrielle intense autour du sciage puis du contreplaqué, assurant ainsi un revenu non négligeable aux maraîchins. Progressivement, le peuplier est devenu un élément intrinsèque de ce paysage unique. En complément du réseau hydraulique et des frênes têtards, il participe à l’identité de la « Venise Verte ».

Le peuplier était traditionnellement planté en pourtour de parcelle. Au cours des années 1980, l’abandon de l’élevage associé à une demande croissante de l’industrie, a poussé les propriétaires à planter la totalité de la parcelle (plantation dite en plein). Ces peupleraies atteignent aujourd’hui plus de 1 000 ha sur l’ensemble du Marais Mouillé, ce qui représente un optimum d’occupation de ce territoire et correspond à un consensus en matière de développement raisonné du peuplier.

Le Blanc du Poitou a la capacité de produire des bois de gros diamètre.

Depuis 2003, ce sont 18 553 hectares du Marais Poitevin qui ont été classés au titre de l’article L341-1 du code de l’environnement. En effet, leur préservation présente « un intérêt général du point de vue artistique, historique, scientifique, légendaire ou pittoresque ». Ceci implique une prise en compte de l’équilibre des habitats naturels, de l’identité du paysage et de l’esprit des lieux. Un site classé n’a pas de règlement propre car les autorisations sont délivrées au cas par cas. Ainsi, tous les travaux entraînant une modification de l’aspect et de l’état des lieux sont soumis à autorisation. Cette dernière sera systématiquement refusée pour des travaux incompatibles avec la conservation de la valeur paysagère du site. A contrario, l’exploitation courante des fonds ruraux et l’entretien normal des constructions sont exonérés du contrôle de l’État.

Pour ce qui est du peuplier, les plantations le long des fossés dites plantations de pourtour, doublant ou non les alignements de frênes têtards, sont possibles. Conformément aux usages locaux, elles doivent respecter un recul de 3 à 5 mètres par rapport à ces éléments paysagers. La plupart des acteurs s’accordent sur le fait que ce type de plantation doit être non seulement maintenu mais encouragé. Elle permet d’assurer une ressource en bois non négligeable tout en préservant le paysage maraîchin. Rappelons qu’à l’avenir, la ressource en peuplier dans la région risque d’être fortement déficitaire (voir Bois et Forêts n° 76). Depuis plusieurs années, le Syndicat des propriétaires fonciers du Marais Poitevin met en œuvre les aides du Conseil Régional pour la plantation de peuplier en pourtour de parcelle. Cette action est animée par le Parc Interrégional du Marais Poitevin. Le CRPF y participe par ses conseils techniques.

Pour les plantations de peupliers en plein, deux cas de figure se présentent. Les plantations sur terre agricole sont soumises à autorisation. L’objectif étant de ne pas laisser se fermer le paysage, toutes les demandes de boisement ont été refusées à ce jour. Quant aux replantations de peupleraies immédiatement après coupe, elles devraient faire l’objet d’une information préalable auprès des services de la DREAL (Direction Régionale de l’Environnement de l’Aménagement et du Logement).

Cette politique se mettant en place, les procédures doivent être formalisées avec les services de l’Etat. Le CRPF participe aux négociations. Il informera les propriétaires, lorsqu’une ligne de conduite définitive sera arrêtée.

Alain Rousset

Mathieu Formery

Auteurs et organisme Date N°  Rubrique
Alain Rousset et Mathieu Formery
CRPF
4ème trimestre 2012 80 Economique
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