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- Petits vers mais gros dégâts -

Monochamus galloprovincialis
Monochamus galloprovincialis

A la suite des tempêtes Martin et Klaus, d’importants dégâts liés au vent mais aussi aux insectes ont été observés dans le grand Sud-Ouest. Dans le massif Aquitain, les pins affaiblis par l’ouragan ont subi les attaques conjuguées de chenilles processionnaires et surtout de scolytes, ce qui a engendré des dépérissements sur plusieurs milliers d’hectares. Hormis ces ravageurs bien connus, un petit nématode, potentiellement très dangereux, suscite de vives inquiétudes.

Bursaphelenchus xylophilus fait partie des organismes nuisibles qui sont sous surveillance prioritaire au niveau européen. Ce petit ver microscopique de moins de 1 mm de longueur se rencontre principalement sur les pins mais la majorité des conifères peut être attaquée. L’insecte vecteur de sa propagation est un capricorne nommé Monochamus. Il peut transporter sous ses élytres et surtout dans ses organes respiratoires des milliers de nématodes. On a pu en dénombrer jusqu’à 230 000 individus sur un insecte, la moyenne étant plus proche des 15 000.

Lors de ses déplacements, le Monochamus se nourrit de pousses d’arbres. Les nématodes pénètrent par les blessures de nutrition et se multiplient dans les canaux résinifères. Les premiers flétrissements interviennent au bout de trois semaines. Les nématodes se déplacent alors dans tout l’arbre, qui meurt 30 à 45 jours après le début de l’attaque. A ce stade, le tronc, les branches et les racines sont contaminés. Ils peuvent renfermer des millions de spécimens.

Pour se reproduire, le Monochamus choisit des arbres dépérissants ou morts. Il dépose ses œufs dans les incisions faites dans l’écorce tout en inoculant là encore des nématodes dans l’arbre. Durant le développement larvaire des capricornes dans le bois, les nématodes se multiplient et se nourrissent des champignons qui décomposent le bois. A la fin de la période nymphale du Monochamus, les nématodes migrent et colonisent l’insecte. Lors de son émergence, il ira contaminer d’autres arbres.

La distance maximale parcourue par les insectes n’étant que de 3 km, la propagation de ce pathogène est essentiellement liée à l’activité humaine et notamment au transport du bois. Originaire d’Amérique du nord, le nématode du pin a été introduit au Japon vers le milieu du 20ème siècle et a ensuite été disséminé vers d’autres pays d’Asie. Son arrivée en Europe date de 1999. On suppose qu’il a été introduit lors de l’Exposition Universelle de Lisbonne par une délégation asiatique. Rapidement identifiés, tous les conifères furent coupés dans un rayon de 1,5 km autour du site. Peine perdue, aujourd’hui sa présence est attestée un peu partout au Portugal. En Espagne, deux foyers ont été découverts, l’un en Estrémadure en 2008, l’autre en 2010 en Galice. Le foyer galicien semble contenu grâce à la coupe systématique de tous les conifères dans un rayon de 3 kms. Après exploitation, les rémanents sont brûlés sur place, les souches écorcées et traitées. Les bois doivent eux aussi être écorcés et subir un traitement thermique à cœur pour sortir de la zone infectée.

En France, depuis 2008, de nombreux prélèvements sont effectués chaque année à proximité des grands axes routiers, sur des sites dépérissants et dans les environnements sensibles. Aujourd’hui notre pays semble indemne. Cependant un plan d’urgence national a été élaboré afin de préparer la lutte avec tous les acteurs de la filière en cas d’introduction du nématode du pin.

Auteurs et organisme Date N°  Rubrique
Jean-Michel Mounier
CRPF
2ème trimestre 2012 78 Environnement