- Peuplier, biodiversité et paysage : des sujets complexes à approfondir -

Le bulletin « Bois et forêts » poursuit ici le bilan des connaissances entre le peuplier et l’environnement.

La qualité floristique des peupleraies est avant tout liée à la qualité de la station définie par la richesse chimique du sol et l’alimentation en eau. La végétation naturelle peut être remarquable sur certaines stations, mais elle est le plus souvent très commune. La populiculture est caractérisée par une faible densité de plantation et un âge d’exploitabilité court (une vingtaine d’années en moyenne). La fermeture du couvert, réduisant l’arrivée de lumière au sol, ne dure qu’une dizaine d’années. C’est une période trop courte pour qu’une modification de la structure de la flore soit irréversible. Les entretiens, notamment par travail du sol, peuvent avoir une incidence sur la flore en modifiant le milieu. Il faut rappeler que le travail du sol ne doit concerner que les terrains où il existe un risque de déficit hydrique en période estivale, et qu’il est limité aux trois ou aux quatre premières années. Cette situation est loin de représenter la majorité des terrains plantés en peuplier dans notre région, en effet c’est le girobroyage qui est le plus souvent pratiqué.

Des recherches scientifiques ont permis d’affirmer que les peupleraies sont loin d’être des déserts biologiques. Alain Delplanque de l’INRA, identifie plus de 500 espèces d’insectes liés au peuplier. Certaines de ces espèces sont assez rares et protégées comme le petit Mars changeant et le grand Sylvain. Le nombre et les espèces d’oiseaux vont évoluer selon l’âge, le degré de fermeture du couvert et les entretiens pratiqués dans les peupleraies. Des espèces pourront devenir plus abondantes ou disparaître au profit d’autres. La présence d’un sous-étage de frêne et d’aulne va favoriser l’apparition des espèces arboricoles. On peut citer le loriot jaune, une espèce peu commune qui apprécie particulièrement le peuplier. Des précautions pourront également être prises comme un fauchage ou un broyage à réaliser plus tard dans l’année afin de ne pas gêner les espèces nichant au sol. Lors de travaux agricoles, la peupleraie constitue une zone de refuge pour les oiseaux. La juxtaposition de peupleraies d’âges différents avec des parcelles agricoles favorise la diversité faunistique. Une telle mosaïque peut en revanche fragmenter de vastes espaces pourtant nécessaires pour des espèces bien précises comme le râle des genêts.

Pour ce qui est du paysage, la peupleraie provoque parfois un rejet du changement engendré. Tous les arguments sont alors avancés : fermeture des vallées, boisements en timbre-poste, monotonie des arbres alignés. Mais les populations ont tendance à s’approprier progressivement ce nouveau paysage et lui attribuent des valeurs diverses en fonction de leur connaissance du milieu et des raisons de ces modifications. Les critères esthétiques sont complexes et subjectifs car ils font appel à des influences affectives, culturelles et sociales. Il est alors impossible d’imposer une norme paysagère incontestable.

Les jugements portés sur l’influence du peuplier sur la biodiversité et les paysages reposent souvent sur des sensibilités qui ont tendance à l’emporter sur la connaissance. Le sujet est trop complexe pour en tirer des conclusions définitives. Il ouvre plutôt la voie à de nombreuses expérimentations pour en savoir plus et déboucher sur des initiatives constructives.

Auteurs et organisme Date N°  Rubrique
Alain Rousset
ADEP
3ème trimestre 2003 43 Essences
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