- Tendance à la hausse pour le prix des forêts -

Jean-François de la Motte

Jean-François de la Motte dirige un cabinet d’expertise forestière basé à Neuilly le Brignon en Indre et Loire. Une grosse partie de son activité se situe dans le Nord de la Région Poitou-Charentes. Il est également président de l’Association Poitou-Charentes des Experts Forestiers (APCEF). Outre les opérations classiques de gestion forestière ou ventes de bois, cet expert est fréquemment sollicité pour estimer des forêts.

Bois et Forêts : Quel est aujourd’hui l’importance du marché des forêts dans la région ?

Jean-François de la Motte : Aujourd’hui et hors succession, les forêts qui changent de propriétaire représentent annuellement à peine plus de 1 % de la surface boisée. Par département, ceci se traduit par 100 à 200 transactions dont moins de 3 pour les forêts de plus de 50 ha. L’essentiel des ventes concerne des propriétés de moins de 10 ha et le prix moyen à l’ha constaté aujourd’hui est légèrement supérieur à la moyenne nationale qui est de 3 940 €/ha. En effet, le taux de boisement de Poitou-Charentes n’est que de 15 % et l’offre est relativement faible. En revanche la demande est croissante notamment pour les belles forêts de chêne, ce qui n’était pas le cas il y a une vingtaine d’années.

B. & F. : Quelles sont les principales motivations d’un acheteur de forêt ?

J-F de la M. : Chez la plupart des acheteurs, il y a d’abord une dimension affective liée à leur décision. Mais c’est aussi une valeur refuge pour beaucoup d’investisseurs, surtout depuis la crise financière de 2008. Le rendement financier d’un tel placement varie entre 2 et 3 % hors inflation, ce qui n’est pas un taux négligeable aujourd’hui. De plus la forêt bénéficie d’une fiscalité favorable, notamment en matière d’ISF et de successions. Hormis la production ligneuse, certains acheteurs sont motivés par le côté agrément de ces propriétés. Dans ce cas, c’est la chasse qui est le plus souvent la première préoccupation de ce type de client. L’autoconsommation en bois de chauffage et les bienfaits procurés par un milieu naturel font aussi partie des raisons motivant un tel achat, surtout pour de petites surfaces.

B. & F. : A quel prix acheter ou vendre et à qui s’adresser ?

J-F de la M. : Le travail d’un expert forestier consiste à évaluer la « valeur technique » d’une forêt. Celle-ci est calculée à partir de multiples paramètres : la qualité des sols, la valeur des peuplements et des essences, la localisation, la valeur chasse, la desserte… Cette évaluation est complexe et servira de base pour une future transaction. Il y a 20 ans le prix d’achat était souvent inférieur de 20 % à cette valeur technique, aujourd’hui il dépasse fréquemment cette référence de 15 à 20 %. Dans la région, les prix varient de 1 500 à 10 000 € l’hectare. En proportion, les surfaces inférieures à 10 ha se vendent souvent à un tarif plus élevé. Pour les massifs plus importants, l’aspect cynégétique peut faire monter le prix de façon significative dès qu’une chasse privée peut être constituée.

Auteurs et organisme Date N°  Rubrique
Bois et Forêt
CRPF
Année 2016 93 L’Interview
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