- Un indice pour évaluer la biodiversité des peuplements forestiers -

La biodiversité désigne la variété du monde vivant sous toutes ses formes, du plus petit micro-organisme au plus grand mammifère, du monde végétal au monde animal, … La richesse et la complexité du vivant rendent délicate l’évaluation directe de la biodiversité, qui nécessite le concours de spécialistes dans de nombreux domaines. Par exemple, on ne compte pas moins de 15000 espèces de champignons inféodées à la forêt. Pour rendre accessible cette notion, le CRPF Midi Pyrénées, l’Institut pour le Développement Forestier et l’Institut National de la Recherche Agronomique ont mis au point une méthode simple d’approche indirecte, à la portée de tout gestionnaire forestier : l’Indice de Biodiversité Potentielle (IBP).

L’IBP évalue la capacité d’accueil en espèces et communautés d’un peuplement, sans préjuger de la biodiversité réellement présente. L’indice s’intéresse à la biodiversité ordinaire et ne se limite pas aux espèces remarquables. Son calcul est basé sur l’appréciation de dix facteurs, reconnus comme les plus favorables à la diversité au sein des peuplements forestiers. Les deux premiers traitent de la richesse en essences forestières autochtones et de la diversité de la structure verticale de la forêt, qui se traduit par la présence des strates herbacée et semi-ligneuse, puis ligneuse basse, intermédiaire et haute. Les quatre critères suivants concernent les bois morts de grosses dimensions, soit au sol, soit debout, les très gros arbres vivants et les arbres vivants porteurs de microhabitats, capables d’abriter un nid d’oiseau, un essaim d’abeilles, des chauves-souris, …. Est ensuite traitée la présence de trois types d’habitats associés à la forêt : milieux ouverts (lisières, trouées, clairières, peuplements très clairs), milieux aquatiques (sources, mares, étangs, tourbières, …) et zones rocheuses. Enfin, le dernier critère abordé est la continuité temporelle de l’état boisé, considérant qu’une forêt ancienne est plus riche en espèces qu’une forêt récente.

Ce peuplement homogène et peu diversifié, présente une grande richesse en bois mort, ce qui améliore son fonctionnement biologique.

Concrètement, le descripteur parcourt systématiquement chaque peuplement homogène par une succession de virées plus ou moins régulières, en observant les arbres et en se détournant pour aller voir les éléments remarquables comme les mares, arbres creux, rochers, clairières, … Pour chacun des dix facteurs pris en compte, un score de 0, 2 ou 5 est octroyé en fonction d’une échelle de valeurs seuils. Par exemple, concernant le bois mort sur pied, le score sera de 0 si l’on compte moins d’un arbre mort sur pied par ha. Si le notateur en trouve entre 1 et 3 par ha, le score sera de 2. Au-delà de 3, il sera de 5. En additionnant les scores des dix facteurs, le gestionnaire obtient l’IBP total, qui, ramené au score maximal théorique, permet d’évaluer le niveau de biodiversité potentielle sous forme d’un pourcentage. Réalisé en même temps qu’une description des peuplements, le diagnostic IBP prend peu de temps supplémentaire.

La représentation de l’IBP par un graphique radar facilite à la fois la visualisation des facteurs à améliorer, la comparaison des peuplements ou leur suivi dans le temps.

Ce peuplement homogène et peu diversifié, présente une grande richesse en bois mort, ce qui améliore son fonctionnement biologique.

L’IBP est donc une méthode d’approche de la biodiversité à l’échelle du peuplement forestier. Il ne se substituera jamais à des études plus poussées. Mais il a l’immense mérite de constituer une méthode pédagogique, suffisamment facile d’emploi pour être utilisée dans le cadre des diagnostics forestiers préalables aux interventions. Il sera ainsi plus facile d’intégrer la préservation ou l’amélioration de la biodiversité du peuplement dans les coupes et travaux.

Arnaud Guyon

Sur la base d’un article de Forêt-Entreprise n°190 de janvier 2010.

Pourquoi faut-il s’intéresser à la biodiversité ?
Tout d’abord parce que la forêt est un écosystème, c’est-à-dire un ensemble incluant un milieu, les êtres vivants qui le composent et toutes les relations qui peuvent exister à l’intérieur de ce système. Par exemple, les vers, champignons, insectes et autres décomposeurs recyclent la matière organique et restituent ainsi les éléments minéraux aux végétaux. Les champignons mycorhiziens s’associent au système racinaire des plantes, permettant l’absorption de l’eau et des éléments nutritifs. Certains oiseaux ou chauves-souris contrôlent les populations d’insectes ravageurs des arbres... Toutes les espèces, et même celles qui ne nous paraissent pas utiles à première vue, jouent leur rôle dans ce jeu complexe, ne serait-ce qu’en participant à la chaîne alimentaire. Plus l’écosystème est riche et équilibré, plus il est performant et stable. Ceci se traduit en termes de croissance des peuplements, de résistance aux maladies et attaques parasitaires, de capacité de restauration après une forte perturbation (notion de résilience). Par ailleurs, outre ces raisons fonctionnelles, la richesse du vivant mérite d’être conservée en tant que telle, comme patrimoine à léguer aux générations futures.
Auteurs et organisme Date N°  Rubrique
Arnaud Guyon
CRPF
3ème trimestre 2012 79 Environnement
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