- Un propriétaire forestier s’engage dans des mesures environnementales grâce à la LGV -

M. NIVET

M. Nivet assure la gérance du groupement forestier familial de la Forêt de la Boixe, d’une surface de 220 ha près de Mansle en Charente. Le groupement a choisi de s’engager dans la mise en œuvre de mesures compensatoires environnementales proposées par les sociétés COSEA / LISEA, constructeur et concessionnaire de la ligne LGV Sud-Europe-Atlantique. Cette décision a permis de contractualiser, pour une durée de 45 ans, environ 30 ha sous forme d’îlots de sénescence* sur des peuplements âgés d’un peu moins de 100 ans encore abimés par la tempête de 1999.

B&F : Qu’est-ce qui a motivé votre choix ?

M. Nivet : La terrible tempête de 1999 a fortement diminué le potentiel de production de la forêt, constitué pour l’essentiel de bois de chauffage et de papeterie. Il nous a donc semblé opportun de chercher une autre valorisation en donnant une valeur environnementale à notre patrimoine. Un autre élément a pesé dans la décision : plus de 35 ha à proximité des surfaces concernées par ce contrat ont fait l’objet d’une coupe récente, et près de cent hectares supplémentaires sont également programmés en coupe. Il en résultera un grand changement en termes de paysage et de milieu. Nous avons souhaité atténuer ces impacts en réservant des surfaces où la biodiversité serait prioritaire sur la production ligneuse. Nous intègrerons ce choix dans un avenant au plan simple de gestion. La compensation financière proposée en contrepartie de l’engagement nous a évidemment aidés à prendre cette décision.

B&F : Ces mesures de conservation en faveur d’espèces protégées ne semblent-elles pas éloignées des préoccupations des propriétaires forestiers ?

M. Nivet : L’environnement est aujourd’hui au cœur du métier d’agriculteur que j’ai pratiqué pendant plus de 40 ans sur les parcelles agricoles contiguës à la Forêt de la Boixe. C’est également le cas pour l’activité forestière que j’exerce maintenant. Agroécologie, gestion durable, biodiversité font aujourd’hui partie du langage de l’agriculteur et du forestier. J’ai la chance de vivre au milieu de l’espace agricole et forestier de la Boixe, j’observe mon environnement ainsi que ses évolutions. Cet engagement contractuel pourra contribuer au maintien d’espèces qui ne me sont pas inconnues telles que la Rosalie des Alpes, la Genette, le Circaète, la Barbastelle ou le Pic noir.

B&F : Comment avez-vous perçu cet engagement pour une durée aussi longue ?

M. Nivet : Signer un contrat qui vous survivra et obligera les générations futures est toujours une interrogation. Mais le groupement a fait le choix de donner une vocation environnementale à des parcelles à faible potentiel productif en profitant de l’opportunité financière proposée pour une période de 45 ans, adaptée aux cycles forestiers.

* îlot de sénescence : peuplement composé d’arbres de faible valeur économique et qui présentent une valeur biologique particulière (gros bois à cavités, vieux bois sénescents…). Il est laissé en évolution libre, sans intervention.

Auteurs et organisme Date N°  Rubrique
BOIS ET FORÊTS
CRPF
Année 2016 92 L’Interview
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