- Une essence forestière du siècle dernier : le Pin sylvestre -

Avec 10 000 ha en Poitou-Charentes, le Pin sylvestre est la seconde essence résineuse après le Pin maritime qui couvre 60 000 ha. Il occupe un espace supérieur aux surfaces cumulées de Douglas et de Pin laricio. Cette seconde position est la même au niveau national, toujours derrière le Pin maritime. Ces pins représentent à eux deux plus de la moitié des forêts résineuses françaises. En Europe, il est très présent en Russie jusqu’à l’est de la Sibérie ainsi qu’en Scandinavie. Il occupe aussi une surface importante dans les plaines polonaises et forme de grands massifs dans les zones montagneuses du plateau central espagnol.

Le Pin sylvestre est reconnaissable de loin à la couleur saumonée de son écorce en partie haute du tronc.

En France, il est à l’origine un montagnard. Son aire naturelle est répartie entre Vosges, Jura, Alpes, Massif Central et Pyrénées, ainsi que dans la plaine d’Alsace. A la fin du 19ème siècle il a été massivement introduit dans les plaines comme la Sologne, en même temps que le Pin maritime. Leur bois était utilisé à l’époque comme étais de mines pour consolider les galeries. Dans notre région, son arrivée fut plus tardive ; elle date essentiellement de l’entre-deux guerres. On attribue l’origine de ces peuplements aux lots de graines donnés par l’Allemagne vaincue au titre des nombreux dommages de guerre exigés par les vainqueurs à l’issue du traité de Versailles de 1919. Ceci expliquerait en partie la mauvaise conformation générale des peuplements issus de ces semences : nos ennemis d’hier ne nous auraient pas fourni des graines de leurs meilleures provenances. Malgré cette place importante dans notre paysage forestier, son utilisation en reboisement depuis bientôt cinquante ans est quasiment négligeable. La raison essentielle est sa faible productivité qui dépasse rarement 5 m3/ha/an en Poitou. Les autres pins (laricio et maritime) ont quant à eux une croissance qui atteint couramment le double de cette valeur. Ce n’est donc pas la qualité de son bois qui est la cause de son délaissement, puisque les bonnes provenances peuvent donner des produits de qualités largement équivalentes à celles des autres pins. Pour ce qui est des peuplements existants, qui ont généralement plus de 50 ans, on limitera les interventions. En effet, leur âge avancé ne permet pas de justifier la réalisation d’éclaircies qui n’auraient guère d’impact sur leur croissance. On attendra que les arbres aient une circonférence d’au moins 100 cm pour exploiter le peuplement et reboiser avec une autre essence. Cent ans est un âge à ne pas dépasser. Il est possible de réaliser quelques années avant la coupe finale une éclaircie sanitaire pour améliorer son attractivité commerciale. On pourra alors se borner à éliminer feuillus dominés, arbres morts ou dépérissant pour une coupe en bois énergie. De plus, un argument majeur existe aujourd’hui en plus de sa faible productivité, pour ne plus planter de Pin sylvestre : le changement climatique. Les chercheurs de l’INRA* et du CNRS* ont estimé probable la quasi disparition de l’espèce dans les plaines de l’Ouest de la France après 2050 si les scénarii probables d’évolution du climat se vérifient.

* INRA : Institut National de la Recherche Agronomique
** CNRS : Centre National de la Recherche Scientifique

Auteurs et organisme Date N°  Rubrique
Jean-Marc DEMENE
CRPF
Année 2015 91 Essence