- Vingt ans de baisse de revenus pour les propriétaires forestiers -

Si l’on considère la période des vingt années écoulées, on est loin de pouvoir annoncer un envol des revenus des sylviculteurs. Pour étudier l’évolution des cours, nous avons relevé les prix moyens de nos principales essences observés lors des ventes régionales. Ces données ont été réactualisées pour tenir compte de l’inflation et du passage à l’Euro. Concernant le bois d’œuvre, la chute est incontestable pour le peuplier et le pin maritime : moins 30 % pour le premier et moins 40 % pour le second. La situation pour le chêne (qualité charpente/menuiserie) est meilleure puisqu’il progresse de 5% sur la période grâce aux fortes augmentations constatées depuis deux ans. On pourrait objecter aux sylviculteurs qu’une hausse de la productivité forestière pendant cette période compense en partie cette baisse. Cela est vrai pour le peuplier et le pin maritime qui ont fait l’objet d’améliorations sylvicoles et génétiques. Mais est-elle suffisante pour compenser cette perte de revenus ? Parallèlement, le coût des travaux a progressé sur cette même période : entre 1995 et 2015 l’heure de SMIC brut a augmenté en euros constants de 25 %. De plus pour le peuplier, la période d’exonération d’impôt foncier après plantation a été rabaissée de 30 ans à 10 ans, plombant ainsi lourdement le coût de production. La situation est meilleure pour les petits bois puisqu’on constate une hausse générale sur la période considérée. Le bois de chauffage de chêne se vendait 50 F/stère sur pied en 1995, correspondant à 10 € aujourd’hui en valeur actualisée. Les hausses récentes l’ont hissé à 14 € dans le nord de la région, soit une progression de 40 % en vingt ans. De la même manière, le prix du stère de châtaignier a augmenté de 30 % pour atteindre 9 € aujourd’hui en moyenne. Les petits bois résineux destinés à la trituration ont vu leur prix multiplié par quatre. Vendus 2 € au départ, ils sont payés aujourd’hui 8 € le stère pour contrer la concurrence de la filière bois énergie qui s’alimente sur le même gisement. Les bois destinés au broyage pour les chaufferies ont beaucoup augmenté : vendus à un prix nul ou résiduel il y a dix ans, ils se négocient actuellement entre 5 et 10 € la tonne sur pied selon le type de chantier, parfois plus. Mais cette flambée du cours du bois énergie est à relativiser. On peut faire une comparaison avec la filière du fioul domestique : le prix du pétrole brut représente approximativement 50 % de la facture finale pour le consommateur livré à domicile. L’autre moitié est constituée de frais de raffinage, de transport, de marge des intervenants et de taxes. Pour une livraison de plaquette de bois destinée au chauffage facturée 100 € TTC la tonne, la part de ce prix destinée à rémunérer le sylviculteur est le plus souvent inférieure à 10% du produit final. C’est peu pour une filière de proximité, souvent qualifiée de vertueuse pour l’environnement et créatrice d’emplois locaux. Afficher dans ces conditions un prix de l’énergie au quart de celui de l’énergie fossile se fait donc au détriment du producteur initial de cette matière renouvelable.

Si l’on remonte jusqu’à 1978, le peuplier sur pied se vendait à l’époque (prix réactualisé) 3 fois le prix payé aujourd’hui.

Le prix est un des éléments importants qui influe sur la décision du sylviculteur pour vendre son bois. Il doit aussi lui permettre de financer les travaux de régénération après une coupe. On accuse trop souvent le morcellement de la propriété forestière d’être le principal obstacle à la mobilisation des bois. Mais il faut rappeler que comme tout producteur, le sylviculteur doit d’abord tirer un revenu de ses ventes qui lui laisse une marge pour rémunérer ses efforts, ses charges et bien sûr, renouveler ses peuplements.

Tous les prix indiqués dans cet article correspondent à des moyennes et tendances générales observées à l’échelle de la Région. Le propriétaire pourra obtenir des prix plus ou moins élevés en fonction d’autres paramètres, tels que l’accessibilité et taille du chantier, qualité des bois…
Auteurs et organisme Date N°  Rubrique
Jean-Marc DEMENE
CRPF
Année 2015 91 Economique